Éloge
Michaël Pilczer
hesped
Michaël,
Voilà seize ans que nos vies s’illuminent mutuellement.
Nous ne sommes qu’une seule âme, qu’un seul être. Cela est une évidence pour tous ceux qui nous connaissent.
Je devine à quoi tu penses avant même que tu ne le dises. Et toi, tu me connais par cœur.
Tu sais quand j’écoute à la table d’à côté.
Tu sais quand ça ne va pas sans que j’aie besoin de le dire.
Nous terminons nos phrases. Souvent, un regard suffit.
Au restaurant, nous commandons l’un pour l’autre sans rien demander. Nous partageons toutes nos assiettes.
Choisir n’est qu’une évidence.
Il y a seize ans, quand je te rencontre, tu es encore aux cassettes audios. Tu en as une sacrée collection, et tu as beaucoup de mal à t’en séparer… Aujourd’hui tu es pilote pour l’intelligence artificielle à La Banque Postale ? Tu es devenu un sacré geek.
Geek jusque dans notre appartement, entièrement domotisé, où tu as toi-même du mal à tout allumer. Nous l’avons façonné ensemble jusqu’à la couleur de l’intérieur des prises, avec l’aide de ton papa.
Un cavalier hors pair. Un sportif. Un vrai chef de cuisine comme il y en a peu.
Un ami, un collègue, un fils, un frère aimant. Mon mari. Ma famille.
Le moindre petit geste du quotidien. Cette attention permanente de l’un pour l’autre, de l’un à l’autre.
Cette bulle autour de nous, que nous n’avons jamais eu besoin d’expliquer à personne.
Tes placards qui débordent parce que tu aimes le shopping comme personne. Tes quarante-cinq minutes dans la salle de bains, chaque matin. Tes plantes, élevées avec un soin que peu de gens mettent dans quoi que ce soit. Et, en toutes circonstances, toujours élégant.
Le croissant. Si ce n’est pas moi qui l’achète, c’est toi. Nous ne rentrons jamais à la maison les mains vides. Seize ans, tous les jours, l’un pour l’autre.
Avec toi j’ai découvert le sens des mots « mère juive ». Ta maman est toujours là pour toi, et pour nous. Toujours un petit repas dans le frigo, une chemise, des crêpes, des poivrons, surtout pour moi. Toujours là. Et tu es exactement pareil pour moi.
Les anecdotes d’une si belle vie sont sans limites, il y en a des milliers.
Tu sais aussi bien soigner le moindre de mes bobos qu’arracher un gros tronc d’arbre sur la terrasse. Le jardinage, une passion parmi tant d’autres. Au Club Med, le plus difficile n’est jamais de trouver quoi faire : c’est de tout faire tenir dans l’agenda. Tu dévores la vie.
Depuis vendredi, les messages affluent. Tous parlent de la même chose, ta gentillesse et ta bonté.
Tu es mon phare. Tu sais ce grand homme derrière toutes les décisions qui ont façonné ces années, les nôtres, les miennes, personnelles et professionnelles. Même un prix sur l’Opinion était objet de grands débats ! Nous réalisons tout ensemble, tout le temps.
Nos vieux jours sont déjà organisés. Ton rêve, celui de toute ta vie, avoir ton cheval à demeure. Nous cherchons la maison. Pas une maison, la maison, celle où il a sa place, pour ta retraite.
Avec ta sœur, vous montez ensemble à l’Étrier de Paris. Le seul club que tu aimes, avec tous tes copains là-bas.
Fan de voitures. Nous attendons ensemble ce moment où nous nous ferons conduire jusqu’à Méribel en dormant, mais même si Musk promet de nous envoyer sur Mars, pour le moment on n’arrive toujours pas à faire de voiture autonome…
Le ski, l’une des nombreuses passions dans lesquelles tu me suis. Tu progresses tellement. Et ton genou, cassé dans la poudreuse cet hiver pour faire le cake, nous le réparons ensemble pour notre magnifique voyage au Japon et nos splendides randonnées de cet été.
Nous parcourons la France, des moments magiques. Nous parcourons le monde. Nous parcourons les étoilés. Il nous reste tellement de pays, tellement de saveurs à découvrir. Nous avons notre liste, mon Amour.
Amour inconditionnel.
Confiance absolue.
Vendredi 14 août. Courchevel, les Avals.
Nous sommes en rando VTT dans une de tes vallées préférées. Un beau déjeuner au refuge de Grand Plan, tous les deux. Puis nous prenons un moment pour regarder les marmottes, toute une famille. Tu me demandes encore : « Tu crois que si on met du Milka, ça les fait venir ? ». Précisons que malgré le fait que tu t’appelles Mika tu n’aimes que le chocolat noir !
On repart tranquillement jusqu’au sommet de Pyramides. Tu veux monter encore plus haut, mais le mauvais temps guette. Nous faisons une pause. « Gundu, je ne me sens pas très bien, j’ai la tête qui tourne. » Je me retourne, tu es déjà par terre. Tu pars instantanément.
Je te tiens la main. Je te caresse. Tout le monde s’affaire, tout le monde est sur toi, le massage, l’hélicoptère, l’ambulance. On m’éloigne. Le médecin vient me voir.
C’est fini.
Aujourd’hui le phare s’est éteint et le monde s’est écroulé.
Comment prendre une décision sans toi.
Comment manger sans toi.
Comment rire sans toi.
Comment voyager sans toi.
Comment avancer sans toi.
Comment vivre sans toi.
Mais je refuse que la brutalité de ton départ efface l’immensité de ce que la vie nous a donné. J’aurais voulu cinquante années de plus. Ces seize années sont une vie entière.
Merci pour notre rencontre. Merci pour notre vie. Merci pour chaque journée à tes côtés. Merci pour cet amour absolu.
Tu brilles de mille feux. Le mari le plus aimant. Le plus entier, le plus vif, le plus délicat, le plus chic.
Nous porterons tes valeurs. Nous ferons vivre tes passions.
Tu es l’amour de ma vie.
Nous t’aimons tous, Michaël.
Guillaume TARDY
ton mari